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Toxicomanie et alcoolodépendance : “j’ai fait couler les larmes de ma mère”

C’est la deuxième étape de son processus de guérison. Interné il y a quelques semaines à l’hôpital de l’amitié Tchad-Chine, Maximilien a passé avec brio, l’étape de la désintoxication, et se fait désormais accompagner pour oublier les substances qui lui ont pourri la vie.

Cet après-midi, au centre diocésain pour la recherche action en alcoologie (Cediraa), il a rendez-vous avec Dr Djimtolnan Yeungar Etienne, Coordinateur médical, psychiatre et addictologue mis gracieusement à sa disposition par ce centre spécialisé.

« A son arrivée au centre, physiquement il tenait certes debout mais il était hyper addict et pas lucide d’esprit. Il tenait des discours décousus mais nous nous réjouissons aujourd’hui, car il y a eu de grandes avancées dans son parcours ».

Ce mercredi, lorsque l’équipe du Studio Hirondelle Tchad le retrouve, dans la salle d’attente de cette institution catholique, le jeune homme est tout jovial, discutant avec un ami.

Depuis près de deux mois, ce rendez-vous est devenu presque un rituel quotidien, à la fois pour partager son expérience avec d’autres personnes en cure, mais aussi pour rencontrer son médecin.

Après une partie de jeu de puissance 4, Maximilien s’ouvre sur un épisode qui a fait basculer sa vie. Le jeune homme raconte qu’il entre en contact avec le tabac alors qu’il n’avait même pas encore dix ans.

 « C’est par suivisme mais également pour fuir la maison à cause de la maltraitance que j’ai goûté au tabac la première fois et j’y ai pris goût. Pour m’en procurer, je le volais à mon oncle qui vivait dans la même concession que moi et qui en vendait. Mais je touchais du tabac, du cannabis, du tramol, du coloss, etc tous les jours pendant plus de cinq ans ».

Il réussit malgré tout à obtenir son baccalauréat, et tente un cursus académique au Cameroun. Mais il est vite rattrapé par ses anciennes habitudes. Il passera par la case prison à deux reprises avant de revenir au Tchad, sans jamais avoir obtenu son parchemin.

“Ma mère a pleuré”

Depuis son retour au pays en 2024, les tentatives de re-scolarisation sont restées vaines.

« Je me retrouve toujours en Licence 2 après avoir commencé les cours depuis 2022. La première fois j’ai été arreté en possession du cannabis, car j’en vendais. J’étais en prison (au Cameroun), les parents, bien que déçus, ont payé ma caution mais lorsque j’ai récidivé, ils m’ont laissé me débrouiller tout seul pour sortir de prison », se souvient Maximilien.

Le déclic survient après plus de sept ans d’addiction, lorsqu’un jour en pleine discussion, sa mère craque.

«J’avais fait couler les larmes de ma mère. Elle était desespérée surtout que je suis son fils ainé et qu’elle se voyait incapable de me sortir de cette dépendance ».

Il consent enfin à se faire accompagner pour se libérer, sous les conseils de son père, mais les premiers jours ne sont pas de tout repos.

« Les trois premiers jours à l’hôpital ont été les plus difficiles, car après toutes ces années à toucher chaque jour à ces substances, mes nerfs n’étaient pas tranquilles. Ne pas en consommer me rendait plus vulnérable »

Peu à peu, il tente de regagner la confiance de ses proches, en participant aux activités quotidiennes de la famille, notamment le petit commerce. “On me voit comme quelqu’un qui peut changer”, se réjouit – il.

Un mal profond

Maximilien est peut-être sur le point de se libérer de ces substances, comme de nombreux autres jeunes de son âge avant lui.

C’est en partie grâce au centre diocésain pour la recherche action en alcoologie, un centre catholique, mis en place en 1999.

Ce centre reconnu par le ministère de la Santé publique comme le centre de référence des addictions au pays, est actuellement dirigé par Sœur Aurélie Roiné, enseignante de formation a l’habitude de voir des profils variés défiler devant ses yeux “ L’âge moyen des patients, autrefois d’environ trente ans, a chuté, avec des jeunes de seize à vingt ans, parfois encore scolarisés”, confie t-elle.

Selon elle, en moyenne cinq nouveaux candidats à un accompagnement arrivent par mois, sans compter ceux ayant besoin d’un accompagnement psychologique simple.

Elle confie par exemple que “Sur cinq curistes actuellement suivis par le centre, trois en consomment, et la totalité présente des troubles psychiatriques, qui peuvent être irréversibles même après l’arrêt de la consommation.

La consommation des drogues et alcools frelatés prennent des proportions inquiétantes au Tchad. Le 12 août, le ministre du commerce a pris un acte interdisant la commercialisation et la consommation du “Coloss”, une drogue très consommée dans le pays.

Fabriquées sans aucun contrôle sanitaire selon les autorités, ces substances illicites inondent certains marchés de N’Djamena à des prix défiant toute concurrence.

Leur composition exacte reste souvent inconnue des consommateurs, mais leurs effets, eux, ne trompent pas : intoxications aiguës, troubles neurologiques, hospitalisations d’urgence, etc.

Manque de spécialistes

Maximilien se souvient des effets trompeurs qu’elles procurent à l’organisme. ‘‘Lorsqu’on consomme ces substances, on a l’impression d’avoir le monde entre ses mains. Mais en réalité, ce sont elles qui nous contrôlent’’.

Inquiète des effets sur la population, principalement jeune, la Mairie de N’Djamena a relancé des opérations de saisie et d’incinération de ces produits frelatés.

Pendant que ces opérations se poursuivent, l’alcool frelaté et les substances psychotropes continuent de faire leur effet sur les consommateurs, dans un contexte ou les hôpitaux manquent de spécialistes pour la prise en charge.

Le Cediraa, unique centre d’accompagnement, et qui reçoit des patients venant de tout le pays dit être en sous effectif. Soeur Aurélie Roiné confie que pour le moment, “Il existe un seul addictologue en exercice pour tout le Tchad”.

Cindy Rayamta

©Studio Hirondelle