Le rapport de 166 pages réserve un pan important de ses recherches sur les conditions de vie des professionnels de la santé, qui poussent ces derniers à envisager de quitter la profession ou de se relocaliser.
“Un phénomène inquiétant réside dans les intentions de départs des professionnels de santé selon le genre et le milieu de résidence qui sont généralement plus marquées chez les hommes et en milieu rural”, peut -on lire.
45 % des personnes interrogées dans le rapport ont avoué vouloir quitter leur poste actuel. 52% de ces postes sont situés en zone rurale, contre 44% en zone urbaine.
Les médecins généralistes sont les plus animés par les intentions de quitter le poste actuel. 56% d’entre eux ont indiqué vouloir quitter leur poste actuel, 46% veulent changer de province, et 43% veulent quitter leur formation sanitaire actuelle.
Les Agents Techniques de Santé (ATS) et les techniciens supérieurs de santé sont également animés par cette volonté de changer d’environnement. Respectivement 43% et 41% de ces catégories ont exprimé leur intention de quitter leur poste ou la province dans laquelle ils travaillent.
Si ces corps de métier semblent vouloir continuer à exercer dans le pays, malgré la volonté de changer de poste ou de province, les médecins spécialistes interrogés dans l’étude avouent à 48% vouloir quitter le pays pour exercer à l’étranger.
Les raisons du départ
Parmi les raisons qui poussent les professionnels de santé tchadiens à vouloir quitter leurs postes, le rapport mentionne entre autres, le souhait de poursuivre des études pour améliorer leurs qualifications.
Certains enquêtés évoquent les conditions de travail insatisfaisantes, en particulier les salaires, les incompatibilités entre la formation initiale et le poste occupé.
D’autres parlent de la recherche d’opportunités mieux alignées avec les compétences, l’environnement de travail jugé défavorable, et le manque de perspectives d’évolution après avoir occupé le même poste pendant plusieurs années.
Le nerf de la guerre
D’après le rapport, environ 60% des professionnels de santé interrogés et qui perçoivent un salaire se disent insatisfaits de leur rémunération.
Autre raison pouvant expliquer ces intentions de départ: les conditions de travail. Elles sont jugées insatisfaisantes pour 58% des répondants. La proportion est plus élevée en zone rurale, selon l’avis de 68% des travailleurs, contre 57% pour leurs collègues des zones urbaines.
Le rapport cite aussi l’accès au lieu de travail et les conditions de vie en zone rurale. Les professionnels de santé jugent mauvaises ou très mauvaises les qualités des infrastructures routières 86%, et des logements (68%).
Le document du ministère de la santé énumère 12 interventions prioritaires à mener pour le maintien des personnels de santé en leurs postes qui ont eu le plus d’adhésion parmi les répondants.
53,7% des agents de santé veulent par exemple vivre avec leur famille dans la province d’exercice. La même proportion demande l’amélioration de la disponibilité des médicaments.
Entre 52,8 et 52,1% des répondants demandent de subventionner la prise en charge des frais médicaux des agents de santé et de leurs familles, d’améliorer la qualité des infrastructures de santé, à disposer d’eau potable dans la formation sanitaire d’exercice, ou encore d’améliorer la disponibilité des équipements médicaux
Viennent ensuite des demandes d’accès à des sources d’eau potable dans la province d’exercice, de rémunération des heures supplémentaires de services, d’augmentation du niveau des salaires qui préoccupent plus de la moitié des enquêtés.
La ville de Ndjamena apparaît, selon l’enquête, comme la ville la plus attractive. 187 professionnels de santé interrogés souhaitent s’installer dans la capitale, si le choix leur était accordé, au moment de quitter leur poste de travail actuel.
Le Moyen Chari attire 42 professionnels, tandis que le Ouaddaï en attire 37.
A l’inverse, aucun professionnel interrogé n’envisage de rejoindre la province du Bahr El Gazal. Les autres provinces du Nord et de l’Est reçoivent également très peu d’intentions d’arrivées.
Cindy Rayamta