Manque d’éclairage : un facteur majeur de vulnérabilité chez Dougui

À plus de 100 km de la frontière soudanaise, le site de colonie de Dougui a été créé pour offrir un environnement plus sûr aux populations fuyant la violence au Darfour. Situé dans la province d’Ouaddaï, qui a accueilli la majorité des réfugiés depuis le début du conflit, le site est devenu une zone clé de relocalisation, accueillant une population composée à 74 % de femmes et d’enfants, dont beaucoup sont arrivés dans des conditions extrêmement vulnérables. Malgré son rôle crucial, Dougui continue de faire face à des capacités limitées : les infrastructures essentielles, y compris les abris, les latrines et l’éclairage public, restent insuffisantes, exposant les femmes et les filles à des risques accrus de violence et d’abus.

Travaillant en étroite collaboration avec les communautés pour identifier les risques majeurs de protection et définir les mesures d’atténuation appropriées, les équipes d’Acting réalisent régulièrement des audits de sécurité à travers des discussions avec des femmes et des filles sur le site, des évaluations visuelles et des ateliers participatifs de cartographie. La dernière évaluation a révélé que 28 % des ménages interrogés ont signalé des incidents de protection au cours des deux semaines précédentes, notamment des vols, des violences domestiques, des agressions sexuelles et des agressions physiques. En particulier, le manque d’éclairage public a été identifié comme une préoccupation majeure : les chemins menant aux points d’eau et aux latrines deviennent des zones redoutées après la tombée de la nuit.

Sécuriser les zones clés pour réduire les risques de protection

En réponse à ces résultats, l’Administration a déjà installé 30 lampadaires solaires à des emplacements stratégiques identifiés avec les communautés, y compris les entrées de sites, la zone du marché, près du centre de santé et le long des principales voies de circulation. Cette solution d’éclairage durable et autonome, qui n’a aucun coût énergétique pour les communautés, contribue à rendre ces espaces plus visibles et plus sûrs d’accès. Un éclairage amélioré réduit l’exposition aux risques de protection et facilite la circulation sur tout le site, tout en soutenant la poursuite des activités sociales et économiques après la tombée de la nuit.

Le déploiement de lampadaires près de zones clés comme le centre de santé et le marché a favorisé leur réaffectation par la population locale une fois la nuit tombée. Le centre de santé éclairé est désormais plus facilement accessible, permettant de meilleurs soins d’urgence en soirée, tandis qu’au marché, les vendeurs bénéficient d’activités commerciales prolongées en fin de journée. En améliorant à la fois la sécurité et la fréquentation, l’éclairage joue un rôle clé dans la vitalité de ces espaces, qui sont des centres essentiels de l’activité économique et de la vie sociale.

Un impact tangible sur la vie quotidienne des habitants de Dougui

Pour les membres les plus exposés à la violence : femmes et filles, qui sont majoritaires sur le site, l’obscurité représentait jusqu’à présent un obstacle physique et psychologique à l’accès aux services essentiels. L’accès aux services de santé a été particulièrement affecté par la peur de se déplacer, y compris en cas d’urgence, comme l’illustre l’histoire de Fatima*, une patiente rencontrée au centre de santé Dougui :

Avant l’installation de ce lampadaire par Acted, venir au centre de santé la nuit était un procès. Nous marchions avec la peur dans l’estomac, surtout lorsque nous devions accompagner d’urgence une femme enceinte ou un parent malade. Même équipés d’une lampe torche, nous n’étions jamais complètement rassurés : une batterie peut s’épuiser à tout moment ou, en cas d’urgence, nous pourrions oublier notre lampe torche à la maison. Fatima

Au-delà de la réduction des risques et de l’amélioration du sentiment de sécurité, l’éclairage a également contribué à soutenir les activités économiques sur le site : l’installation de lampadaires a permis d’étendre les activités sur le marché, augmentant le commerce et les revenus pour les commerçants. Mahamat*, qui a son stand au marché Dougui depuis plus de deux ans, note un changement significatif :

Avant l’installation des lampadaires par Acted, le marché devenait dangereux dès la tombée de la nuit. Nous avons dû fermer plus tôt, vers 18h, non seulement par crainte de vol de marchandises, mais aussi parce que nos clients eux-mêmes avaient peur de s’aventurer dans le noir […] Ce lampadaire n’est pas qu’un éclairage. C’est la sécurité, c’est le retour de la vie sur le marché. Nous travaillons en toute tranquillité, et nos clients reviennent. Mahamat

Enfin, pour les plus jeunes, l’éclairage apporte un soutien concret à leur scolarité. Mariam* et ses camarades, les élèves présents sur le site, peuvent désormais étudier le soir, revoir leurs leçons et se préparer aux évaluations dans de meilleures conditions. La disponibilité de la lumière après la tombée de la nuit offre un temps d’apprentissage supplémentaire, souvent crucial pour consolider les connaissances et maintenir un rythme de travail régulier. Mariam* témoigne :

Aujourd’hui, grâce à la lumière installée sur le site Dougui, je peux enfin étudier en toute sécurité une fois la nuit tombée. Cela a changé ma vie scolaire : j’ai plus de temps pour apprendre mes leçons et je suis plus calme en préparant mes examens. Mariam

L’intervention à Dougui illustre une approche fondée sur les besoins réels des personnes déplacées, afin de développer des solutions qui améliorent concrètement leur vie quotidienne. L’accès à l’éclairage rend non seulement les déplacements plus sûrs, mais renforce aussi le sentiment de sécurité au sein d’une communauté vulnérable, générant des effets d’entraînement : stimulation des activités économiques, facilitation des tâches ménagères telles que l’apprentissage scolaire, et renforcement de la cohésion sociale. Acted ainsi réaffirme son engagement à répondre aux besoins des personnes déplacées en posant les bases d’un environnement protecteur.

*Les noms des bénéficiaires ont été changés pour préserver leur anonymat.