Tout a commencé par la détection de plusieurs cas suspects de rougeole au camp de Zabout. Les analyses de laboratoire ont rapidement confirmé que la maladie circulait, ce qui a conduit à la création d’une unité de surveillance et de réponse. Les équipes d’ALIMA et d’Alerte Santé ont travaillé en coordination avec les autorités sanitaires et les organisations humanitaires présentes dans la région, avec le soutien du Start Fund.
« En tant que clinicien, notre rôle était d’assurer les soins aux patients pendant l’épidémie. », Dr Ayambi Evariste, médecin titulaire et superviseur des activités cliniques.
Les cas suspects ont été traités selon les protocoles de traitement établis. Les patients présentant des complications étaient orientés vers l’hôpital provincial Goz Beida pour recevoir des soins appropriés.
Parallèlement, un comité d’intervention a été créé, réunissant des professionnels de santé et des relais communautaires. Leur mission était de visiter les foyers du camp pour identifier les cas suspects, informer les familles et les orienter vers le centre de santé.
La réponse en chiffres
- Plus de 100 cas suspects ont été enregistrés pendant la période de réponse
- Une campagne de vaccination a été menée dans le camp et les villages environnants
- Plus de 95 % de l’objectif de vaccination a été atteint
Une épidémie, trois priorités : sensibilisation, surveillance et vaccination
À mesure que la maladie se propageait, trois axes d’intervention ont été mis en œuvre simultanément. Une campagne de sensibilisation communautaire a d’abord été lancée pour informer les familles de réfugiés soudanaises sur les symptômes de la rougeole, le risque de complications et l’importance de se faire soigner rapidement.
Au début de l’épidémie, certaines familles hésitaient à se rendre au centre de santé. Les symptômes de la rougeole étaient parfois confondus avec d’autres maladies, tandis que la peur de la contagion poussait certains résidents à éviter complètement l’établissement de santé.
Avec le soutien des relais communautaires, les équipes se sont adressées directement aux familles pour répondre à leurs préoccupations, corriger les idées fausses et les encourager à faire examiner leurs enfants.
La surveillance active a alors été introduite pour identifier en continu les nouveaux cas et les orienter rapidement vers des établissements de santé.
La campagne de vaccination a été le troisième pilier clé de la réponse. Réalisée à la fois dans le camp et dans les villages environnants, elle a atteint plus de 95 % de la population cible, un résultat que le Dr Evariste considère comme l’un des principaux succès de cette intervention.
Après cette phase active, les équipes ont poursuivi les efforts de surveillance, s’appuyant notamment sur des agents de santé communautaires formés pour détecter tout nouveau cas potentiel.
La communication : un défi majeur au début de l’épidémie
Lorsqu’on lui demande quels sont les principaux obstacles rencontrés, le Dr Evariste ne mentionne pas les médicaments ni les ressources humaines, mais plutôt la sensibilisation de la communauté.
Dans un camp où les symptômes de la rougeole étaient parfois mal compris ou confondus avec d’autres maladies, encourager les familles à chercher des soins au centre de santé s’est avéré être l’un des principaux défis.
« Notre plus grand défi a été de sensibiliser », explique-t-il.
La peur de la contagion a poussé certaines personnes à éviter l’établissement de santé, retardant ainsi le diagnostic et le traitement.
« Au début, certaines familles avaient peur de venir au centre de santé. Nous devions leur expliquer la maladie, les rassurer et leur montrer que leurs enfants pouvaient y recevoir des soins en toute sécurité. »
Grâce à des discussions continues menées par les équipes médicales et les relais communautaires, les familles sont progressivement devenues plus disposées à consulter des soins médicaux, rendant à la fois les traitements et les efforts de vaccination plus efficaces. Dès les premiers stades d’une épidémie, la communication est devenue l’un des facteurs clés d’une réponse efficace.
Leçons apprises : investir dans la prévention primaire
Les informations recueillies par les équipes ont montré que les enfants traités n’avaient soit pas été vaccinés contre la rougeole, soit n’avaient pas reçu toutes les doses recommandées. Dans un camp densément peuplé qui continue d’accueillir des personnes fuyant le conflit soudanais, l’apparition de nouveaux cas peut rapidement entraîner une propagation accrue de la maladie.
Pour le Dr Evariste, la leçon est claire : les efforts doivent se concentrer davantage sur la prévention en amont.
« Nous devons investir beaucoup plus dans la prévention primaire, en particulier la vaccination », insiste-t-il.
Renforcer la vaccination régulière, en particulier à l’arrivée et à l’enregistrement des réfugiés au camp, serait l’un des moyens les plus efficaces de mieux protéger les enfants et de limiter le risque de futures épidémies.
Dix mois avec ALIMA : une expérience d’apprentissage précieuse
Au-delà de la réponse à l’épidémie elle-même, le Dr Evariste revient également sur son expérience au sein de l’organisation. Ayant rejoint ALIMA près d’un an plus tôt, il souligne l’importance accordée à la formation continue, incluant les soins cliniques, la gestion des épidémies et l’amélioration de la qualité des soins. Ce sont des compétences et connaissances qu’il a pu appliquer directement lors de la réponse à Zabout.
« En tant qu’ONG humanitaire, ALIMA nous pousse à donner le meilleur de nous-mêmes, même dans des conditions difficiles. En travaillant ensemble, nous avons pu accomplir de grandes choses. »
Ses paroles capturent l’esprit qui anime les équipes d’ALIMA au Tchad : travailler avec les ressources disponibles, développer des compétences à long terme, et toujours placer les communautés au cœur de la réponse.
Ce projet a été rendu possible grâce au soutien financier de Start Fund
Photo de couverture : © Freddy MALO/ALIMA